La musique qui suit l’hommearticle paru dans le journal interne de l’EPFL Flash n° 12, 2007. Ecrit par Cécillia Carron-Gasco. SPECTACLE: A l’affiche de l’Arsenic du 10 au 20 janvier, «home» est un projet ambitieux. A chaque geste correspond un son: c’est le mouvement qui crée la musique. Avec l’aide du Laboratoire de systèmes non-linéaires de l’EPFL, Gaspard Buma a analysé les signaux et conçu les algorithmes nécessaires à la performance.
Des capteurs, des danseurs et un ordinateur: ainsi soit la musique. Cor, violoncelle, hautbois, tuba…chacun des six danseurs écrit la partition de son instrument en temps réel grâce aux mouvements de ses jambes. Plus qu’un projet avant-gardiste, «home» est aussi une ambiance. «Les univers sonores varieront tout au long du spectacle: zen, africain, hip-hop… Je veux une mélodie prenante et actuelle, dans laquelle les jeunes puissent se reconnaître», explique le «chef d’orchestre» de la performance, Gaspard Buma. AU RYTHME DES SCENES DE LA VIE QUOTIDIENNE«Marie se dirige vers la sortie, regarde derrière elle et claque la porte. Le bruit fait sursauter le reste de la famille…» Des scènes de la vie quotidienne, des personnages qui vivent des histoires en parallèle. Inspiré de notions philosophiques, sociologiques ou psychologiques, un texte, lu sur scène par l’instigateur du projet lui-même, donne une dimension supplémentaire au spectacle. «Le but est de créer une tension entre un récit de possibles et une chorégraphie efficiente. Il s’agit de montrer la difficulté à se rêver une vie dans un monde qui nous demande de plus en plus de fonctionner, d’être efficace», explique Gaspar Buma. L’EPFL DANS LA DANSEL’artiste, ancien étudiant à l’EPFL, est aussi féru d’informatique. Il a lui-même mis au point les algorithmes en collaboration avec l’équipe du professeur Hasler du Laboratoire de systèmes non-linéaires. « Chaque fois que je rencontrais un problème, j’ai pu compter notamment sur Jugoslava Acimovic, doctorante et sur Vitalijs Butenko, étudiant», reconnaît-il. Des accéléromètres placés sur les chevilles et sur les cuisses prennent les mesures sur les axes latéral, frontal et vertical. Maintenus par de larges bandes de velcro noir, l’équipement fait partie du costume. «Cela donne un côté esthétique agréable à l’œil. Nous avons limité la prise des informations aux jambes pour marquer la difficulté d’être efficient. Faire des mouvements transformés en sons avec les bras serait bien plus facile.» Les informations parviennent à un émetteur que le danseur porte à la ceinture puis sont transmises à un récepteur composé d’un module radio et d’un convertisseur de signaux. Les algorithmes développés en collaboration avec l’EPFL permettent de décoder les mouvements en tant que tels et non pas uniquement les accélérations mesurées par les capteurs. Le résultat de ce premier traitement est envoyé dans un logiciel qui générera le son de l’instrument. «CELA M’AMUSE TOUJOURS»«Cela m’amuse toujours de voir comment les capteurs peuvent insuffler des intonations à la partition», note l’artiste de 32 ans en secouant, tapant, frappant l’un des petits engins. En matière de création artistique interactive, Gaspard Buma n’en est pas à son coup d’essai. Après un passage par l’EPFL, il s’inscrit à l’école d’art du Valais. Sorti en 1998 avec le prix du jury, ses réalisations suivantes sont dans la même tendance. En 2005, il a reçu le «Swiss Art Award» pour la performance «Inner voice». Du 10 au 20 janvier à l’Arsenic. |